"520PF Plongée dans l'univers étrange de l'hospitalisation"

28 - Après le point final...

Après le point final...

 

 

 

L’histoire est terminée et pourtant, la vie continue après ce point final. Comme je l’ai déjà évoqué, le point final de mon aventure consistait pour moi au moment de l’ablation du matériel, expression pudique qui signifie quand même qu’il faut retourner à l’hôpital, subir une nouvelle anesthésie, les pansements, etc… La routine quoi ! Mais cette fois, puisqu’on est enfin arrivé au-delà du point final, tout se passe dans la joie, dans une atmosphère de libération, enfin la fête quoi !

 

Eh bien, pas du tout !

 

Tu te pointes le jour dit, à l’heure dite. Tu as fait les examens qu’il fallait, consulté qui il fallait, et voilà, toi, tu es prêt, et c’est là que tout (re) commence… On t’emmène dans les couloirs glauques allongé sur un lit et nu comme un ver, après t’avoir rasé pratiquement partout (oui ! là aussi !). Tu entres dans le bloc, première piqûre et hop ! Le trou noir…

C’est au réveil que le cauchemar recommence…

 

Non ! Chif n’est pas revenu, je te rassure, mais le lit, la chambre à deux, avec à côté de moi un « papi » perdu et mutique… La douleur, les drains, les soignants avec leurs qualités humaines de degré variable… Tout çà recommence…

Mais bon, comme me l’a dit le Professeur Chantelac, c’est une « hospitalisation de vingt quatre heures ». Ces mots là résonnent encore à mes oreilles… Donc, pour moi, entrée le vendredi matin, sortie le samedi matin, normal non ?

Sauf que le samedi matin, au moment du soin, l’infirmière me fait comprendre que : « Non, on n’enlève pas les drains aujourd’hui… » Comment çà, pas aujourd’hui ? Mais alors, çà veut dire que je vais rester ?

Je lui signale mon désaccord, elle me répond qu’avec des plaies comme çà il n’est pas question d’enlever les redons qui continuent à s’emplir…avant quelques jours !

Oh ! Mais alors, qu’est-ce qu’il m’a dit le professeur avec ses vingt quatre heures ??

Et… Effectivement, je reste…

Allongé sur le lit, deux redons dans la jambe et un dans le poignet.

Le pansement refait permet de savoir combien j’ai gagné d’agrafes cette fois… Il y en a vingt en haut de la cuisse, et treize en bas, total, trente trois (dites « trente trois »)… Ben mes p’tits frères ! M’ont pas loupé ! Tu peux aussi ajouter douze points de couture au poignet et tu auras le compte…Enfin, tout çà va se refermer…

Et le temps passe… long, lent, long.

Pas de télé, car, pour vingt quatre heures, on ne prend pas la télé, bien sûr !

Papi à côté de moi, ne parle que très peu, quasiment pas.

Alors je lis, n’importe quoi, une histoire de Champollion qu’on m’a offerte il y a quelques temps. Au fait, ne suis-je pas moi-même une sorte de Champollion, qui tente de décrypter les us et coutumes de ces gens étranges qui travaillent dans ces lieux non moins étranges ?

La seule traduction à laquelle je parviens est celle où, finalement, je suis le seul à n’avoir rien compris… C’est ce que tout le monde me dit, pour tout le monde autour de moi, c’était clair, il n’y a que moi qui n’ai pas compris qu’une hospitalisation de « vingt quatre heures » pour enlever ma ferraille, c’est impossible, trop court… Mais moi, j’ai bien entendu le Professeur Chanteflaque me le dire, à moi, que çà ne durerait que vingt quatre heures !

-         Oui, mais tu sais bien qu’ils ne disent pas tout aux patients !

-         Tu te doutes bien !

-         Tu le sais bien, c’est toujours comme çà à l’hôpital !

Je n’en ai sans doute pas encore vu assez alors…

Ainsi donc, le Professeur Chantegadoue a le droit de te dire n’importe quoi, puisqu’il est chirurgien et pas toi.

Peut-on mentir à quelqu’un pour son bien ? Pour son bien ? Cà m’a fait du bien ? Eh bien non, pas du tout…

S’il y a une chose que je n’aime pas, c’est bien que quelqu’un me prenne pour un imbécile au point de jouer avec ma bonne foi (ou crédulité, ou naïveté, car c’est bien çà ?). Cà non ! Je ne supporte pas.

J’ai moi supporté le premier séjour sans (trop) râler, mais là, j’ai souhaité prendre l’initiative pour que çà aille mieux. J’ai programmé l’ablation un jour où c’était possible, en tenant compte des « vingt quatre heures »… Quelle erreur !

Ainsi donc, tout le monde autour de moi en était persuadé (sauf moi) : ce séjour durerait plusieurs jours et la récupération globale plusieurs semaines…

 

Alors, effectivement, passé le samedi, arrive (comment le sais-tu ?) le dimanche, et puis on me dit que c’est d’accord que je peux sortir… Demain…

J’ai encore un « fil à la patte », surnom donné aux redons qui m’ont jusque là interdit de me lever… Une secrétaire administrative vient m’annoncer la bonne nouvelle et me dit que le courrier du chirurgien sera prêt demain matin pour ma sortie.

Quelques temps après arrivent deux carabins porteurs des courriers et ordonnances qui me permettront de survivre à l’extérieur de cette grande pyramide. Ils sont de blanc vêtus, et ont l’ai bien jeunes… Parmi les courriers, une prescription pour une paire de béquilles ! « Et je fais comment pour utiliser vos béquilles ? » dis-je en leur montrant mon poignet porteur d’un énorme bandage (quasi momiesque !)…

- Ah ! Euh ! Bon ben, il va falloir autre chose…

- Ben oui !

- Il vous faudrait des béquilles avec appui axillaire…

Alors là je l’arrête dans son rêve tout droit issu de « Pirates des Caraïbes » :

-         Ah ! Non ! je ne peux pas m’en servir, j’ai les mains qui bleuissent tout de suite, circulation coupée !

-         Ah ! Bon… Mais comment va-t-on faire alors ??

-         Vous en faites pas je trouverai…

-         Au fait, je voudrais voir Chantegoutte !

-         Ah ? Il opère, il ne peut pas venir…

Je leur explique (mais cela sert-il à quelque chose ?) que je souhaite avoir un compte-rendu de l’intervention de sa bouche puisque (cette fois) je sais qui m’a opéré et que c’est lui !

Ils marmonnent que le Professeur est très occupé et qu’il n’aura probablement pas le temps de passer me voir…Et ils s’en vont… Me laissant à mes réflexions agacées, énervées…Je n’en tirerai rien d’autre de toute manière, ni d’eux, ni des infirmières, ni du reste du personnel qui a, lui, parfaitement intégré la hiérarchie pyramidale (tiens ?) de ce système et, de fait, quand on est un fellah du Nil, on n’imagine même pas avoir quelque chose à redire des faites et gestes de Pharaon…

Ainsi lundi matin, je me dis que j’ai un plan : après le petit déjeuner, je demanderai à l’infirmière de venir m’enlever le dernier redon, comme çà, sans fil à sa patte, le scarabée (animal sacré des pharaons) pourra aller seul vaquer à ses ablutions quotidiennes…

Oui, comme çà sur mes deux jambes, et quel bel entraînement pour le midi, tu sais, la sortie !

 

Quelle naïveté derechef !

Comment croire qu’une proposition visant à alléger le travail de l’équipe (pas besoin de bassine pour la toilette, pas de bassin pour le …), comment une telle proposition pourrait-elle être même simplement entendue par ce troupeau de fellah butés aux yeux vides de toute compréhension, pire, d’effort de tentative de compréhension…

Alors, ce dernier matin, j’ai, une dernière fois effectué ma toilette dans cette bassine marqué du « F » de « fellah », euh non, de « fenêtre »…J’ai été contraint aussi d’effectuer une dernière gymnastique d’élimination sur ce maudit bassin…

C’est ainsi que j’ai encore attendu jusque vers dix heures trente pour que vienne, enfin, l’infirmière libératrice de ce redon qui m’avait retenu jusque là dans le lit.

Elle est à peine sortie de la chambre que je me mets debout pour voir…

Oh là là ! Cà ne va pas être simple de sortir comme çà. Ma jambe est déjà bien raide et marcher est difficile, j’ose à peine prendre appui dessus…

Finalement, une demie heure après arrivent ma femme et ma fille, l’une, chauffeuse de boiteux et l’autre, bâton de vieillesse (momentané) de son vieux pater…

 

Je pars enfin de ce service où j’espère, au plus profond de moi-même, ne plus JAMAIS avoir à revenir ! Voyage en voiture, retour à la maison, réveil de la canne, reprise des vieilles habitudes , de la glace sur la jambe, les piqûres contre la phlébite, et tout ce cortège de joyeusetés…

 

Une infirmière à domicile est contactée pour refaire les trois pansements tous les deux jours. Ma femme a préféré changer d’infirmière, celle-ci est réputée mais pas très avenante… Bah ! Tant pis ! Et finalement, le lendemain midi quand elle arrive, il s’agit d’une jeune femme blonde, bien sous tous rapports ! Elle a été bien roulée ma femme ! Mais bon, elle ne vient que pour les soins, rien d’autre, bien sûr !

 

Et puis, douze jours après l’intervention, on peut envisager d’enlever les agrafes. On en enlèvera une sur deux soit seize ou dix sept selon… les paris sont ouverts !

 

Le douzième jour est arrivé, et l’infirmière m’enlève les seize agrafes… Même pas mal ! Je commence à être habitué ? Dans deux jours, j’enlève le reste ! Enfin, le reste des agrafes…

 

Deux jours plus tard, hop ! On m’enlève le reste et me voilà réparé !

Enfin, me voilà plutôt prêt à repartir au boulot, sans canne cette fois, mais avec une démarche peu assurée.

Les semaines et les mois qui suivent sont consacrés à ma rééducation, que j’assure seul. Ras le bol des kinés, je marche, je fais du vélo (eh oui !), je nage… Plus de séances ridicules où l’on me dit : « Qu’est-ce que vous avez progressé pendant vos vacances ! » comme si, et je crains bien que ce soit le cas, les séances de kiné ne ma servaient à rien. Economies pour la sécu, du temps de gagné pour moi, et voilà !

 

Il me reste de cette mésaventure un goût amer, d’avoir croisé tous ces gens, qui sont toi, moi, nous en somme. Un monde parallèle est leur cadre de vie, ils sont là, en marge de ce monde qui court après Dieu sait quoi, ils ne courent pas, ils ne courent plus… Je veux me souvenir de ces gens croisés un temps, j’ai été comme eux, j’ai été eux. Ils ont donné un autre sens à ma vie, je peux aujourd’hui faire le tri entre ce qui est grave et ce qui ne l’est pas, entre les soucis et les problèmes… Je suis venu, j’ai vu, et je vis !

 

Merci à toi, lecteur, de m’avoir suivi jusque là… Tu dois bien être le seul ! Je te souhaite une vie agréable et à l’écart de ces turpitudes, mais je souhaite aussi avoir pu t’éclairer sur le sens de ces choses du quotidien, et surtout que tu ne voies plus la vie de la même manière. Bonne route !

 



23/12/2010
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