"520PF Plongée dans l'univers étrange de l'hospitalisation"

Epilogue de 22,88 mm

                                                Epilogue de 22.88 mm

 

 

 

Cette mésaventure avait trouvé sa fin, du moins au centre de rééducation, en avril… Depuis, le temps a passé, j’ai évolué de la béquille unique à la canne, puis de la canne à plus de canne du tout… Et je m’efforce de marcher droit, même si ce n’est pas facile.

J’ai repris le travail dès le début avril. Mes étudiants croyaient avoir cours avec le docteur House… je crois qu’ils aimaient çà. Pour ce qui est de marcher, ma foi, çà allait . Pour traverser la rue, c’est facile : tu boîtes un peu plus en t’approchant du passage pour piétons, et hop ! Les voitures s’arrêtent pour te laisser passer. Le chauffeur se dit peut-être que s’il m’écrase, je vais tacher sa carrosserie !

Et, un jour, plus de canne ! Tu te sens redevenu bien ordinaire… Tu ne sais toujours pas courir (çà viendra…) et , quand tu veux traverser la rue, personne ne s’arrête ! Tu peux toujours courir (comme on dit chez nous !) si tu peux… Difficile donc de traverser…

Pourquoi un épilogue, à part pour raconter mes aventures de traverseur de rue ? Parce que voilà…

Les douleurs, toujours présentes à la hanche gauche, ont tendance, depuis que je marche seul (comme Goldman !), à s’amplifier, douloureusement !

Je vais donc voir mon médecin et lui demande de me prescrire une radio pour voir si le clou est toujours bien en place. Il obtempère. Me voici donc dans le cabinet du radiologue pour vérifier grâce aux rayons X que tout va bien… La dame fait le point, un peu comme pour une photo, elle vise mon bassin… Et elle me demande : « Vous savez que vous avez une bascule de bassin ? »

-         De quel côté ? demandai-je.

-         Le côté gauche est plus haut. Me dit-elle.

La radiographie montrera, calcul électronique à l’appui, une différence de 22,88 millimètres… Pas mal !

Et, à ce moment, me reviennent en mémoire, un peu comme un tsunami (mais en plus petit, mettons la marée du Mont St Michel) toutes les fois où j’avais évoqué avec les médecins, les kinés, les profs de sport, tous les internes de Salenvrac, toutes ces fois donc où je leur avais suggéré, que, peut-être, ma jambe gauche était devenue plus longue que la droite suite à l’opération. Et tous, à chaque fois, m’avaient répondu en me laissant penser que j’étais abusé par mes sens (défaillants), que ce que je ressentais, tous ceux qui ont vécu des évènements similaires l’ont ressenti…

« Non, non, ce n’est pas la peine de vérifier, çà va se passer, tu verras… »

-         Vous croyez ?

-         Oui, c’est normal, il faut remuscler et alors tu verras !

Aujourd’hui, remusclé (pas comme Superman mais quand même !) je vois en effet… Je revois, oui, tous ces efforts en kiné, dans la salle de sports, en me disant « Allons, il ne faut pas boiter, applique-toi ! Fais un effort ! Un de plus ! »

Tu parles ! J’avais raison. Simplement, personne ne l’a entendu, et je marche donc depuis neuf mois pour m’entendre dire que j’avais raison…Depuis neuf mois, je suis déséquilibré, je le sens, je le dis, et personne ne m’entend…

J’avais raison : Cà me fait une belle jambe ! C’est bien le cas de le dire !

Alors me voilà reparti vers une nouvelle étape : Celle de la semelle. Et quelle semelle !

« Une compensation de 22,88 millimètres ? c’est impossible ! » me dit le podologue.

-         On peut faire 12 mm au maximum, 6 dedans, et 6 dehors !

-         Comment çà ?

-         Une semelle de 6 mm dans la chaussure…

-         Ben tiens…

-         …et une semelle sous la chaussure, à l’extérieur, de 6 mm.

-         Genre chaussure orthopédique ?

-         Oui, c’est cela, mais 6 mm, c’est quasiment invisible !

-         Ben tiens…

 

Me voici donc, un peu émoustillé quand même, entrant chez le cordonnier pour demander d’ajouter une semelle sous ma chaussure…

Et là, j’étais tellement perdu dans mes réflexions que je demande une semelle de 6 centimètres sous ma chaussure !

La dame me regarde curieusement, et le cordonnier, lui, m’explique qu’il n’y a pas de problème, qu’il peut le faire, qu’il a déjà fait plus… Et il inscrit « 6 cm » sur le petit papier qu’il met avec mes chaussures…

-         6 cm ?

-         Ben oui, c’est ce que vous avez dit !

-         Ah non, je n’ai besoin que de 6 millimètres ! Ma langue a dû fourcher…

Et la dame me dit alors : « Je me disais aussi, il ne boite pas tellement ce monsieur pour une différence de 6 centimètres ! »

Et moi je me dis qu’en effet, ce n’est pas si grave, six malheureux millimètres sur ma chaussure… Tu imagines une semelle de six centimètres ?

Allons, relativisons…

Ah ! Ces 22, 88 mm !

 

 



29/10/2009
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