"520PF Plongée dans l'univers étrange de l'hospitalisation"

26 - Avant le point final

Avant le point final

 

Une année a passé. Tu as compris ma révolte avec l’épilogue de 22,88mm, et puis après tout çà, eh bien, tu te sens mieux. Cà va moins mal, de moins en moins…

Même si, pourtant, des douleurs persistent. Le psychologue de Salenvrac ( tu sais bien, Sigmund !) m’a appelé, je lui ai dit que tout allait bien, mais au fond, c’est pas tout à fait vrai…

Des douleurs, j’en ai encore, à cause de ce clou, qui frotte mes muscles, nerfs, tendons, enfin la viande quoi ! Quand je me lève, quand je m’assois, quand je me couche, quand je me lève, parfois aussi quand je marche, mais aussi quand je ne marche pas, enfin souvent.

Mais, je te le redis, globalement, c’est quand même moins douloureux, si, si !

J’ai donc décidé, puisqu’il semblait que ce soit possible, d’enlever ce matériel qui me gêne, qui me fait mal.

L’anniversaire est arrivé, et j’ai fortement repensé à ce dimanche, cette sortie vélo ratée. Il faisait moyennement beau le jour de l’anniversaire, mais pas question de sortir le vélo ce jour-là ! Impossible ! Non, je ne suis pas superstitieux mais quand même, je n’ai pas pu… J’ai revu, à cette occasion, très nettement les images du mauvais film qui me poursuit depuis un an, et voilà : pas de vélo ce jour-là ! Non ! Pas possible ! On verra demain !

Au moment de l’anniversaire (quelle fête donc !) de l’accident, j’ai eu une nouvelle consultation avec ( devine !) un nouvel interne qui doit bien être le onzième ou le douzième, je ne sais plus. Alors, comme d’habitude, quoique un peu désabusé quand même, j’arrive avec mes questions, un peu toujours les mêmes puisque personne n’y répond… Je demande donc, comment se fait-il que ci ? Et que çà ? Et pourquoi ceci ? Et comment cela ? tu sais, j’ai l’habitude maintenant. Mais, et j’ai aussi cette habitude-là, il ne répond pas. Ou alors juste à côté, genre :  « Le matériel est très bien ! » En effet, mais çà, j’aurais pu le dire moi-même, on ne voit que lui, le matériel, sur les radios, alors, oui, il est très bien !

Alors j’ai dit à ce monsieur que je ne lui en voulais pas, mais que lassé d’affronter la « grande muette » (ben non, c’est un surnom donné à l’armée, oh ! Tant pis !) je souhaitais en discuter directement avec le professeur, comment s’appelle-t-il déjà, Sifflerivière, ou  Chanteruisseau, enfin quelque chose comme çà… L’interne, navré, me laisse partir…

Au guichet de prise de rendez-vous, nouvelle histoire !

-         Un rendez-vous avec le professeur ? Pas de problème Monsieur !

-         Tant mieux, dis-je à mi-voix.

-         Il y a deux solutions, Monsieur : Vous souhaitez le voir dans le cadre du Service Public ou en Consultation Privée ?

-         Hum… Et quelle est la différence ?

-         Oh ! C’est très simple ! En public, il faut compter deux à trois mois d’attente pour obtenir un rendez-vous…

-         Ah ! Et en privé ?

-         Oh ! Je peux vous en avoir un la semaine prochaine… Mais…

-         Mais ?

-         C’est plus cher, vous comprenez, il y a dépassement d’honoraires.

-         Ah ? C’est combien ?

-         Quatre-vingt euros.

-         Ah oui, quand même…

Alors, le nanti que je suis a pris, avec un peu de honte, un rendez-vous la semaine suivante…

Et finalement, c’est pas moi qui devrais l’avoir, la honte ! C’est lui ! On y est Messieurs, Dames ! La médecine à deux vitesses : Tu as des sous, tu es soigné vite et bien, tu n’en as pas, tu prendras ce qui reste ! Honte à eux ! Elle est où, l’image du médecin qui rêve d’abord de soigner des gens ? Elle est en train de disparaître derrière le toubib mercantile, amasseur d’argent, plus que soigneur de corps ! Il soigne d’abord son compte en banque !

Bon, bon, calme-toi !

Je me calme donc, tout en continuant, malgré tout à ruminer…Et prends mon rendez-vous.

A celui-ci se greffe donc immédiatement, un autre avec un anesthésiste, le spécialiste du dodo ! Et puis aussi une méga-super prise de sang, et un rendez-vous en cardiologie… Obligatoire pour les hommes de plus de cinquante ans, au cas où je l’aurais oublié, mon grand âge me rattrape…

Alors, la semaine suivante, je vais à mon rendez-vous « en privé », j’ai rencontré le professeur qui me demande :  « Mais, dites-moi, pourquoi avoir choisi le secteur privé ? » Alors là… Qu’est-ce que je lui dis ? Le paragraphe précédent ? La décence me l’interdit, mon éducation également… Ah là là ! Je lui dis alors que je souhaite avoir, cette fois, un peu de maîtrise des évènements, tandis qu’il y a de cela un an, j’ai subi… Je lui ai raconté ma quête d’informations lors de l’hospitalisation, savoir qui m’avait opéré a quand même pris cinq jours ! Il prend même l’air étonné, et là je lui dis, en le regardant dans les yeux : « C’est à vous-même que j’ai posé, à plusieurs reprises cette question ! » Il prend un air ennuyé et répond que, quand on passe aux urgences, on est soigné par le médecin de garde… Je lui dis donc que la prochaine fois que j’aurai un accident, je le programmerai ! A réponse idiote, réponse idiote et demie !

Bref, quelques réponses à de vieilles questions, et rendez-vous est pris mi-février pour l’ablation du matériel.

Reste à rencontrer l’anesthésiste et le cardiologue, et aussi à faire ces analyses de sang… La routine, quoi…

L’anesthésiste m’a surpris. Je lui montre mes analyses de sang, un sang de qualité supérieure, à faire rêver Dracula et ses amis ! Je lui parle du matériel à enlever, et de la carence en informations suite à l’intervention du début ; le voilà donc qui cherche sur son ordinateur et qui ressort le compte-rendu intégral de l’anesthésiste de ce jour-là ! Tout y est, la préparation vers deux heures et demie, les pertes de sang importantes vers cinq heures de l’après-midi et les nombreuses poches de sang transfusées, l’intervention sur le poignet qui fait suite à la grande boucherie, jusqu’à la fermeture du bloc opératoire vers vingt deux heures… La voilà donc cette information dans le détail, heure après heure, après laquelle je courais depuis tout ce temps… Finalement, c’est assez triste, mais je me dis que tout ceci fait référence à un passé que, j’espère, je ne rencontrerai plus jamais… Allez, je vais me préparer au point final, oui ou non ? En tous cas, cette abondance d’information, suite à ce si long silence, ne m’a pas fait l’effet escompté, je m’attendais à me sentir mieux, et cela n’a fait, au final, que soulever un sentiment de malaise… Bon, comme quoi, tout est possible !

Vient enfin le rendez-vous chez le cardiologue. Dans notre bonne ville, au milieu du Centre Hospitalier Régional, un hôpital entier est dédié à la Cardiologie. Quel luxe ! Je téléphone donc dans cet antre du cœur pour prendre rendez-vous pour une consultation.

-         Vous êtes déjà suivi ?

-         Euh… Non.

-         Alors ce n’est pas possible d’avoir un rendez-vous.

-         Attendez ??? Si je souhaite avoir un rendez-vous, c’est pour vérifier que tout va bien, et si ce n’est pas le cas, alors je ferai partie de vos listes de malades… J’ai donc besoin d’une rendez-vous…

-         Mmmh… Oui, mais ce n’est pas comme çà que nous fonctionnons d’habitude…

-         Allons, Madame, trouvez moi un rendez-vous, c’est juste pour une consultation…

-         Bon, je vais voir, dit-elle, et elle me le trouve (bien sûr !)…

A quelques jours de là, me voici donc à mon rendez-vous avec le cardiologue. D’abord passer au bureau des entrées, qui est constellé de petites feuilles de papier sur lesquelles ont été imprimés de petits textes sur le sourire… Tu sais bien, tu as déjà vu çà, des trucs du genre : « Un sourire, çà ne coûte rien, et çà ensoleille la journée… » enfin tu vois quoi ! Et bien, juste derrière ces petits textes mièvres, se trouvent des secrétaires (celles-là même qui ont collé les textes sur le sourire) et qui font des têtes de trois mètres de long… Curieux contraste, on a beau se dire que c’est lundi, la semaine sera longue à ce train-là !

Une infirmière vient tout à coup me sortir de la salle d’attente où j’étais seul à m’être installé, où j’avais allumé la lumière, sous peine de rester seul dans ce cagibi obscur…

Et hop ! Electrocardiogramme ! On te colle des électrodes de ci, de là, sur le torse et une machine imprime des tracés sismiques qui représentent les battements de ton cœur… Bilan positif, j’ai bien un cœur, et il bat ! Quand je te dis que tout va bien…

Arrive alors le cardiologue, vieillard à l’air digne, blouse blanche, cheveux aussi… Il demande à l’infirmière de lui donner le stéthoscope, alors elle cherche dans l’armoire, dans les tiroirs, comme si c’était une denrée rare dans un hôpital de cardiologie ! Et bien la suite va me prouver que oui… Pas moins de vingt minutes s’écoulent en effet avant que l’infirmière ne revienne armée du précieux instrument ! Le temps me paraissait long, j’avais quitté la petite salle de l’électrocardiogramme, et j’ai trouvé le vénérable (de lapin !) cardiologue en train de feuilleter tranquillement le dernier numéro du « Journal des Cardiologues » où ils doivent se raconter comment faire pour trouver un stéthoscope dans un hôpital pulic en moins de huit jours !! J’ai eu le sentiment de le déranger…

-         Euh… Il y en a pour longtemps ?

-         Euh ! Comment ? Euh, je ne sais pas… Je vais voir…

Il se lève en maugréant et s’avance vers la porte. Au même moment, celle-ci s’ouvre et l’infirmière entre, brandissant le fameux outil qu’elle a réussi à dénicher au cinquième étage de l’hôpital… Quand je pense qu’on est en cardiologie… On se demande bien où va l’hôpital public !

Le pire, c’est que, quelque part au cinquième étage, un médecin râle en cherchant son stéthoscope introuvable !

Enfin, bon, tout va bien, j’ai un cœur de jeune fille !

Reste à (sur) vivre en attendant la date …

C’est de plus en plus stressant, l’idée même de retourner dans cet hôpital (même en privé) est angoissante… La date tombe à la fin d’une période de congés, durant laquelle je vais, je le sens, tourner en rond, ruminer, m’inquiéter…

Le suspense est torride…ou glacial !

La peur que quelque chose rate, que quelque chose ne se déroule pas comme prévu, que çà recommence…

Les mots du professeur « En général, çà va très vite, c’est rare qu’il y ait des difficultés… » , ces mots résonnent encore dans mes oreilles, et il faut une grande force de persuasion pour réussir à se dire que c’est pour les autres, qu’il n’y a, statistiquement, aucune (mal)chance pour que çà (re)tombe sur moi… Enfin tout çà quoi…

Voilà tout.

J’attends le point final.

 

Ah ! La ponctuation !



15/02/2010
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