"520PF Plongée dans l'univers étrange de l'hospitalisation"

23 - Le temps passe, et les progrès surviennent

Le temps passe et les progrès surviennent…

 

Arrive enfin la balnéothérapie. Ces séances que j'ai attendues durant près de cinq semaines arrivent enfin ! Tu marches dans une eau limpide, chauffée à 35°, sous la tiède caresse d'un soleil printanier… Tu te prends à songer aux tropiques :  « Au bal ! Au balnéo-o-o-o-o ! » Un petit groupe se forme ici, des habitués. Les patients sont répartis en groupes avec des pathologies similaires. Le matin c'est « les épaules », l'après-midi « les jambes ». Comme je suis « une jambe », j'y vais l'après-midi… Mais voici qu'un lundi, alors que tout le monde (les jambes !) était prêt à descendre dans l'eau, voici que Charlotte dit : « Hé ! Regardez ! Y'a des trucs au fond ! » Et nous tous, nous cherchons au fond les « trucs » de Charlotte. Et ils sont bien là, près du bord, à une profondeur d'un mètre dix, quatre à cinq trucs… « C'est drôle, dit la prof de sport, on dirait de la… » Et la dame qui s'occupe de la piscine, n'écoutant que son courage descend dans l'eau pour prélever un échantillon de truc, avec des gants…Elle remonte et confirme l'hypothèse première : « C'est bien de la m… ! » Nous reculons tous d'un pas ! Séance annulée… Aspiration des « trucs », filtrage de l'eau du bassin, bilan : quatre jours sans balnéo ! Quelqu'un (e) s'est laissé aller dans le bassin…Oh ! Dans un établissement pour adultes ! Quelle honte ! L'intéressé(e) ne s'est évidemment pas fait connaître, et quatre jours plus tard…Nous suivons tous Charlotte qui scrute le bassin, sans, cette fois, rien voir ! Ouf ! Plus de trucs !

Tu te déplaces en béquilles, debout. Les gens te disent alors : « Mais c'est que vous êtes grand, vous ! » Ben oui ! Sur le fauteuil roulant, on a tous la même taille, on est assis…

Les douleurs diminuent aussi, tant mieux ! Même si, parfois, des contractures s'installent, des raideurs tiraillent, enfin, tu vois, des trucs de vieux !

Je marche. Je répartis mon poids alternativement sur chaque jambe. La gauche (la même pas morte, blessée seulement !) supporte progressivement de plus en plus de poids (10kg de plus chaque semaine)…Et du coup, j'ai l'impression qu'elle est plus longue que l'autre ! Mais c'est une erreur de mes sens abusés, c'est musculaire, me dit-on… Je me prends à rêver que je me déplace seul, que je me promène à vélo, j'envisage mon départ du Centre de rééducation…Je rêve un peu !

Mais toujours, le matin, à la maison, et ce, depuis plus de deux mois, je me pique. Je ne suis pas devenu drogué, mais ma situation implique un traitement préventif contre la phlébite (qui n'est pas un gros mot, mais un gros souci !). Je pouvais faire passer une infirmière, mais tu me connais, j'ai décidé de me faire cette piqûre quotidienne tout seul.

Alors, certains jours, çà va bien. Mais d'autres jours je me rate et je me fabrique un joli bleu sur le ventre, car c'est là que je pique. Je tourne autour du nombril, un jour ici, un autre là…J'évite les zones bleues, les automobilistes me comprendront ! Je prépare la seringue, je pose l'aiguille sur l'endroit choisi, je regarde ailleurs…Et je pique… Curieuse sensation que de se faire mal à soi-même, j'ai pas l'habitude…Les âmes sensibles éviteront la photo de cet acte cruel, mais nécessaire, m'a-t-on dit !

Mais ce n'est pas tout ! Toujours avec le même objectif (éviter la phlébite qui n'est pas un gros…) je dois porter, et ce, depuis trois mois, des bas de contention. Tous les matins, il faut se les enfiler, et c'est difficile. Ben oui ! La contention, c'est serré. Très serré, même ! Le pire c'est à la sortie de la balnéo : Il fait chaud, les pieds sont moites, çà colle, et tu fais des efforts vigoureux pour réussir à remettre ces mille milliards de mille sabords de bas (Ouf ! Je suis resté poli…) Ces bas me donnent un petit air royal, si ! Regarde la photo, tu verras !

Et enfin, au bout de trois mois, çà y est ! Je peux me passer de ces bas. Alors je dis à Maxime : « Demain, j'enlève le bas ! » Il a compris autre chose et m'a regardé, d'un air bizarre…

Mais le record est atteint hier, lorsque, discutant avec Eric, il me dit d'un ton très tranquille que lui a cessé les piqûres dès son arrivée à l'Hôpital de Jour. Alors je lui demande s'il met, au moins, des bas de contention. « Oh non ! » réplique-t-il « C'est trop difficile à mettre ! » Alors, pendant que moi, je m'escrime à mettre ces bas, et à me marbrer le ventre d'hématomes disgracieux,  lui, rien ! Pas de phlébite non plus, d'ailleurs…On a dû avoir vraiment très peur pour moi, au point de me donner toutes ces assurances anti-phlébite ! J'ai quand même envie de dire deux ou trois gros mots, comme çà, pour me défouler un peu, scrongnongnon !

Un jour arrive et fait remonter l'accident à trois mois. Je me souhaite un heureux « mensiversaire »  (in petto) et je mesure la distance parcourue, que de progrès, que de souffrances…Je suis content d'être là aujourd'hui, comme je suis. Alors, j'envisage la suite du programme. Quitter « L'Espérance » ! Reprendre mon travail. Retrouver mes collègues, et quitter les amis que je me suis fait ici… De la joie et de la tristesse. Mais c'est ce qui fait la vie, ce curieux mélange de sucré-salé, qui nous porte à sourire ou à grimacer. Il me restera cette expérience unique (je le souhaite) de rencontres extraordinaires. Les gens qui sont ici sont hors des normes, loin d'être ordinaires, communs, banals, ils sont , tous, véritablement extraordinaires. Quand je dis à Peggy que je suis content de partir tant le temps m'a semblé long, elle me dit qu'elle aussi a trouvé le temps long, mais son séjour a duré deux ans !! Alors je me tais…

Je pense à Robinson, au jour de la venue de ce bateau tant attendu…

Je pense à Ivan Denissovitch, au jour de sa libération du camp (de rééducation)…

Je vais bientôt repartir, et laisser derrière moi tous ces instants, toutes ces personnes rencontrées…Alors…

 

« Pars, surtout ne te retourne pas

Pars, fais ce que tu dois faire sans moi !

Quoi qu'il arrive, je serai toujours avec toi ! »

(Jacques Higelin)

 



04/04/2009
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour