"520PF Plongée dans l'univers étrange de l'hospitalisation"

17 - Les affaires reprennent. Où l'on retourne à Salenvrac!

Les affaires reprennent, ou comment on retourne à Salenvrac !

 

Cette fois, je le sens bien, c’est la bonne ! Ce rendez-vous-ci va enfin me libérer. On va m’annoncer la nouvelle que j’attends, dont j’ai parlé à deux cents personnes, dont je finis par rêver la nuit : « Vous allez maintenant pouvoir reprendre l’appui sur votre jambe gauche.» Cette simple phrase peut déclencher des modifications substantielles de ma vie quotidienne : une remise à la marche (progressive !), mon inscription à la balnéothérapie (tu le sais, j’ai déjà le maillot !), à la musculation (j’ai déjà les biscottos !) bref, à une véritable rééducation active. J’ai envie de souligner ce dernier mot, tant il pourra influer sur la qualité de mon temps, de mon existence. Espoirs, espoirs ! Pourtant est-ce poire d’espérer ? Mais, mais, mais… Et si jamais… Si par malheur…On ne prononçait pas la phrase libératrice ? Option zéro. Version négative. Et si on me donnait un nouveau délai… Il faut bien que j’y pense quand même un peu. Parce que si çà arrive, je vais être (très) mal, sans plan B. Qu’est-ce que je peux faire si çà m’arrive ? Prendre des cachets pour dormir, me remettre à fumer, me saoûler ? Non, il faudrait quelque chose de plus constructif. Si cela devait m’arriver, et que je me retrouve avec une rallonge de temps long, lent, long, J’apporterai à « L’Espérance » tout ce qu’il me faut pour occuper enfin ces espaces ! Je veux dire, d’autres choses que mes cahiers, mon livre et les clémentines que je dévore quotidiennement depuis deux mois…

 le papier des clémentines... Tu vois que je ne mens pas!

 J’apporterai ma guitare, mes peintures, mon ordinateur portable, …Tu vois, je transposerai la maison ici. Ce me semble être la seule solution raisonnablement envisageable si… Et puis, on verra bien, après tout, j’espère quand même !

Départ au petit matin blême. A sept heures et à jeun. L’ambulance m’emmène à Salenvrac. Entrée par les urgences, comme chaque fois…

l'aller en ambulance

Sur la convocation, le rendez-vous est fixé au cinquième étage : « Veuillez vous présenter au secrétariat du cinquième étage ». Nous y montons. Le secrétariat est fermé… Une dame qui passait par là (il y a des gens qui errent ainsi dans tout cet hôpital !) nous dit que c’est sans doute une erreur. Souvent les gens convoqués au cinquième sont, en réalité, attendus au troisième… Ben voyons ! Nous redescendons donc. Et nous constatons qu’en effet, c’est bien ici que je suis attendu. On m’installe dans ma chambre 321P, encore P ! Mais cette fois, objectif rentabilité sans doute, il y a trois lettres pour cette chambre P, M, et F. Le M signifie Milieu (et non pas Mur, comme auraient pu le penser de mauvais esprits…)Ce dispositif permet d’accueillir (si tant est qu’il s’agisse encore d’accueil !) trois personnes dans un espace prévu pour deux. Cette chambre est verte. Mais pas un vert pisseux comme au cinquième, non, ici c’est vert pomme crue. Eblouissant ! Flashy !

On me donne des instructions en rasant les poils de mon avant-bras et de ma main gauches : Je dois me dévêtir, aller à la salle de bains pour me laver avec la Bétadine (produit désinfectant), enfiler la blouse de bloc (très, très courte !) : « Rien en dessous ! C’est pour l’hygiène ! » me dit-on. Ce qu’on n’imagine pas, c’est que pour faire le trajet lit - salle de bains, je dois me déplacer en me tenant au mur, et en faisant glisser mon pied droit…Ben oui ! Souvenez-vous, c’est ici même qu’on m’a interdit de prendre appui sur l’autre ! Je dois donc me tenir au mur, au lavabo. Ce qui fait qu’après m’être soigneusement lave et désinfecté les mains, je salis mes mains en faisant le trajet de retour…Ah ! L’hygiène !

La télé était allumée, il y avait des dessins animés sur une chaîne privée… L’infirmière, d’un geste preste éteint l’engin. C’est sa BA du jour. Et voilà. Il doit être 7h45 (j’ai rangé ma montre) et le temps reprend son écoulement (long, lent, long) car je dois maintenant que je suis prêt, patienter…Une fois de plus. Au bout d’une heure, j’ai vu le soleil se lever sur la ville de Loos (çà ne s’invente pas !). Soudain, une aide soignante entre (sans frapper). Comme çà, pour voir si j’avais un voisin… J’en profite pour lui demander combien de temps je vais devoir attendre. Elle me dit qu’elle va aller voir si l’heure de l’intervention est inscrite sur la fiche…Elle ne reviendra plus…Tout à coup, mon regard est attiré par le boîtier qui est accroché au bout de mon lit, et j’y aperçois mon dossier médical d’hospitalisation. Moi qui voulais tant y jeter un coup d’œil quand j’étais en 520PF, je n’ai jamais pu, on a toujours trouvé des excuses (plutôt bidon d’ailleurs…) pour m’en empêcher. Et voici qu’aujourd’hui, le dossier réapparaît. Et il est disponible, là, au bout de mon lit. Je l’attrape donc et je fouille. J’y trouve des comptes-rendus opératoires rédigés en écriture de médecin, donc illisibles, les relevés quotidiens des infirmières, les documents concernant les transfusions… Curieux de se retrouver presque à la case départ…Je me dis que dans ma retranscription de l’intervention, j’étais dans le vrai, çà a dû être une boucherie ! C’est noté : « Hémorragie +++ », et les transfusions ont débuté à 17h, sept culots ! Quels culots ! Il y a aussi les premières radios. Sacrées fractures !

Vers dix heures, un voisin arrive accompagné de sa femme. Ils arrivent de Dijon. Le temps d’entamer la conversation et on vient me chercher. A nouveau, le voyage s’étire entre couloirs et ascenseurs.

J’arrive dans une sorte de parking à lits (occupés) où chacun patiente avant son intervention…J’avais demandé l’heure en quittant la chambre, il est dix heures. Je reste quelques dizaines de minutes dans ce parking, et on vient me chercher pour mon intervention !

On me mène à une sorte de passe-plat qui sert de passage entre le parking et le secteur des blocs opératoires. Mais on n’y passe pas de plats, on y passe des humains, les patients. Curieuse entrée en matière ! On m’amène ensuite dans un couloir qui dessert (beaucoup de références à l’alimentation !) les blocs. J’ai rendez-vous au bloc N° 3. Mais j’entre d’abord dans une sorte de cagibi, de dépendance, d’antichambre, située entre le couloir et le bloc, avec, de chaque côté, une porte coulissante. Il fait froid ! Je suis nu comme un ver (mais sont-ils réellement nus ?) et la température limitée pour éviter les infections est difficilement supportable. Je vais pourtant y rester longtemps… Par moments, la porte côté bloc s’ouvre, et quelqu’un entre pour venir chercher du matériel entreposé ici à ma droite et à ma gauche. Parfois, la porte coulissante reste ouverte, et je risque un œil vers le bloc. J’aperçois, à quelques mètres de moi, les chirurgiens penchés sur un bras ouvert…Et je détourne pudiquement le regard. J’entends aussi des bruits de ferraille, comme si on cherchait dans un grand sac, la bonne plaque, les vis ou les boulons…

Et puis, car rien ne dure jamais (c’est beau çà, il faudra que je le replace ! Tu remarqueras, au passage, qu’on peut aussi dire « rien ne dure toujours », cela revient au même ! Même si « jamais » et « toujours » sont antinomiques ! Bon, je me tais…), on vient me chercher. C’est mon tour. Je jette un œil, çà va ! Plus de sang par terre, tout a l’air correct. On m’installe sous les grandes lumières et je pense à « Sous les sunlights des tropiques ! » On me prépare, on prépare le matériel. Une piqûre dans le poignet, et puis tout s’enchaîne très vite. Incision, compresse, pince, recherche de la broche, on tourne la broche (encore la gastronomie !), on tire sur la broche qui sort de mon poignet. Eponger, recoudre, trois points, pansement, bande, sparadrap. C’est terminé. Il est 11h50 et c’est fini !

Le voyage de retour s’effectue sans encombres et je retrouve ma chambre de départ, et mon voisin. Un plateau repas, très moyen, m’est servi vers 13h. C’est Salenvrac !

Et puis commence l’après-midi. Long, lent, long. Mais, enfin, vers 15h arrive l’interne (ce sont toujours des internes !) qui m’a ôté la broche ce matin.

-  Vous me reconnaissez ? C’est moi qui vous ai opéré ce matin ! 

-          Euh ! Non ! Mais vous étiez voilée ce matin !

-         Pas de douleur ?

-         Non ! Mais je souhaite, maintenant, que l’on s’occupe de ma jambe !

Et je lui pose ma question, même s’il semble que ce soit LA question (cf épisodes précédents) : « Est-ce que je vais pouvoir remarcher ? » J’insiste pesamment, accentuant la détresse qui est la mienne, le temps passé à attendre (long, lent, long !), les implications sur ma vie quotidienne, etc… Et elle accepte de commander une radio, ce jour même, qui sera vue par un de ses collègues (encore un interne !).

         A 16h, je fais ma radio, pas d’attente cette fois. A 16h15, l’interne, l’autre, qui n’est d’ailleurs autre que l’interne en anesthésie que j’avais rencontré en 520PF, observe mes os. Sur la radio. Il reconnaît que le cal est bien formé, que l’on peut donc reprendre la marche mais « progressive, mise en charge progressive ! » J’acquiesce. Je ne me sens, de toute manière, pas en état de danser la gigue dès le lendemain. Mais c’est une bonne nouvelle. Il fera un courrier qui sera transmis au médecin de l’Espérance.

         - Vous pouvez me le donner, je transmettrai ! dit le patient impatient.

         -   Euh ! Non ! Il va falloir un délai de frappe du courrier, mais vous pouvez leur dire, le courrier suivra… répond l’interne.

         Je demande à ce qu’on appelle mon ambulance et … J’attends. Le cœur cependant un peu plus léger que ce matin (le corps aussi, j’ai une broche en moins !).

( ecanlubma ne ruoter el)

Je rentrerai finalement à la maison vers 18h, épuisé par cette (très) longue journée pleine, à la fois, d’absence d’évènements, et d’évènements…

         Ah ! Salenvrac !

 



12/03/2009
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